Steve Job, nouveau Gutemberg

Posted on 15/09/2010

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Aujourd’hui, 2/3 des consultations de sites Internet pour mobiles sont faites depuis le téléphone d’Apple. Chaque utilisateur d’iPhone a téléchargé en moyenne une cinquantaine d’applications qui sont consultées environ 30 minutes par jour. Un média enregistrera 5 à 10 x plus de visites grâce à son « appli » que sur un site vaguement optimisé pour le mobile.

Aucun doute : Steve Jobs a donné une nouvelle dimension à la communication nomade.


Le cas de l’iPad

« Sans les applications, ce n’est qu’un dessous-de-plat fragile et cher, au mieux un cadre numérique pour mettre ses photos », a déclaré l’éditeur d’un grand site américain. Certes, le jour de son lancement aux Etats-Unis, le 3 avril, l’iPad avait déjà 3 500 logiciels conçus pour lui. Un mois (et 1 million d’exemplaires vendus) plus tard, il en a plus de 5 000.

Mais leurs éditeurs doivent trouver un modèle économique : l’iPhone, où le prix moyen d’une application est de seulement 3,82 dollars (2,89 euros), vit de l’abonnement télécom. L’iPad, lui, vivra ou mourra par ses contenus monétisés et par les modes d’utilisation qui s’imposeront. Mais lesquels ? Avec le baladeur iPod lancé en 2001, la fonction était tellement évidente qu’il s’en est vendu 240 millions d’exemplaires. Idem pour l’iPhone six ans plus tard.

Avec l’iPad, personne ne se hasarde à un pronostic.

Mais ce sont les applications et les usages liés au texte qui éveillent les plus grands fantasmes. Car l’iPad est attendu comme un saut qualitatif dans le livre numérique pour lequel il a déjà suscité 400 applications dédiées, et surtout comme la plate-forme ultime pour la presse numérique.

L’espoir de la presse

D’où la tournée de Steve Jobs chez les éditeurs de journaux et magazines afin de les pousser à innover. Si possible rapidement. Partout dans le monde, les patrons de presse placent de grands espoirs dans la tablette numérique d’Apple. « C’est notre bouée de sauvetage », clamait le 24 mars devant un parterre de patrons de presse français Franz-Olivier Giesbert, le directeur du Point. Dans tous les groupes de médias, on s’échine sur de nouveaux concepts. Chez Lagardère Active, qui publie 200 magazines dans le monde, dont 40 en France, on a beaucoup hésité sur le premier titre qui servirait de cobaye.

C’est finalement Paris Match qui a été choisi. Un choix à la fois bizarre et logique. Bizarre, car ce magazine n’a jamais réussi sur Internet. Face au Nouvel Observateur par exemple, Match a une audience près de deux fois supérieure sur le papier, mais presque quatre fois inférieure sur le Web.

« Mais l’iPad est un choix logique car Match c’est le storytelling à l’état pur, note Delphine Grison, directrice de la stratégie du groupe. Or, l’Internet a ses limites pour la mise en scène de l’information – ce qui est précisément la marque de fabrique de Match. Le web et l’iPad sont à ce titre totalement différents. » Après Match viendront d’autres titres de Lagardère comme Elle à table, dont le contenu éditorial sera prolongé par des services en ligne.

La crise des médias, c’est la crise

Avec la crise économique qui plombe les investissements publicitaires, les médias se trouvent dans une situation plus dégradée que n’importe quelle industrie. Aux Etats-Unis, les chiffres sont vertigineux : non seulement les quotidiens ont perdu 57 % de leurs revenus publicitaires sur le papier depuis 2005, mais leurs espoirs de se rattraper sur le Net se sont évaporés.

Trouver un relais économique est donc une urgence vitale. Mais selon quelles modalités ? Combien faire payer sur l’iPad par rapport au kiosque ? Les éditeurs en ligne, qu’ils soient issus de la presse traditionnelle ou de ce qu’on appelle les pure players (qui n’ont pas de support papier), se trouvent confrontés au « dilemme de l’innovateur ». Ce terme est né des travaux d’un économiste de Harvard, Clayton Christensen, qui, le premier, avait posé crûment la question : comment gérer l’irruption d’une technologie susceptible de bouleverser un secteur ? Faut-il accompagner son déploiement de façon progressive ou provoquer la rupture ? En d’autres termes, doit-on accélérer le déclin naturel d’un modèle présumé en fin de vie afin de favoriser l’émergence d’un nouveau ?

L’iPad pose le problème en termes concrets. Aux éditeurs de choisir. S’ils parient sur la tablette associée à des contenus payants, ils ne peuvent maintenir en l’état un site Web gratuit (la qualité supérieure de la lecture ne sera pas une motivation suffisante). Dès lors, ils devront réduire drastiquement l’offre gratuite et mettre en place un péage. Les éditeurs interrogés pour cet article, en Europe, aux Etats-Unis et en Australie, estiment que la migration vers l’iPad et autres tablettes numériques va accélérer fortement le déploiement de zones payantes sur les sites.

Ménages et médias

Les perdants du tsunami numérique sont les grands réseaux de télévision (–37 %) et les journaux (–18 %), alors que 3 médias connaissent une forte croissance :

  1. les jeux vidéo (+77 %),
  2. l’Internet (+39 %),
  3. la télévision par câble (+20 %).

Quant à la consommation de livres, elle reste stable et représente 3 % du temps passé. En second lieu parce que d’après le cabinet d’étude NPD, les ménages dépensent déjà 115 dollars par mois (89 euros) en abonnements médias divers.

Quoique ce chiffre augmente trois fois plus vite que l’inflation, espérer que les consommateurs voudront lui ajouter quelques dizaines de dollars pour une information déjà gratuite depuis une décennie, même avec une tablette magique en aluminium et en verre… ce n’est pas gagné.

Tous les éditeurs de magazines jouent la même partition : au travers d’applications, ils veulent proposer leur publication, mais bien plus encore, avec de « vraies » expériences multimédias, des animations, des galeries photo, des compléments d’information, un peu à la manière des bonus d’un DVD.

Mise en garde

Earl Wilkinson, directeur de l’International Newsmedia Marketing Association (INMA), qui regroupe des centaines de publications, met en garde :

« Il faut sortir de cette obsession de la presse magazine où ‘plus’ signifie obligatoirement ‘meilleur’. L’enjeu n’est pas d’en donner plus, mais de faire différent. »

Source photo : eBouquin

Source article : LE QUOTIDIEN QUI MARK

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Posted in: Médias, Société