La paléo-télévision, faite pour obéir

Posted on 12/11/2010

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S’inspirant du vocabulaire de Umberto Eco, Jean-Louis Misskia attribue trois âges au média Télévision : la paléo-télévision, la néo-télévision, la post-télévision. En d’autres mots, un âge classique, un âge baroque et un âge rococo, voire décadent.

Au fil de ces 3 périodes, le média télévision a mué pour se fondre aujourd’hui dans la chaîne multimédia – plus précisément, pour ne pas disparaître dans le paysage hypermédia poussé par Internet.

Qu’est-ce qui caractérise l’âge classique de ce média, créé en 1926 et qui s’est surtout répandu dans les années soixante?

Tout comme la radio et la presse écrite, la télévision a, logiquement, évolué pour passer d’une télévision de pénurie et de masse à une télévision d’abondance et de niche.

En apparence, la télévision a peu changé. Cependant, elle s’est transformée en profondeur. Comme le téléspectateur d’ailleurs. En effet, la relation que le spectateur entretient avec la télévision a profondément déterminé les mutations de cette dernière. C’est même dans cette relation qu’il faut chercher les moteurs de changement des trois ères du média télévisé.

La paléo-télévision

Première ère de la télévision, la paléo-télévision consacre le temps de la découverte. Curiosité, émerveillement, innocence, crainte aussi, se mobilisent pour accueillir ce nouveau média. Comme à l’apparition de tout nouveau média, le récepteur ne fait pas l’économie d’une appropriation émotionnelle de l’objet, du dispositif, de son pouvoir et de ses enjeux.

La paléo-télévision, c’est l’âge d’or de la télévision. Elle est « faite » par des transfuges de l’enseignement, dictant leur leçon à des milliers de citoyens-élèves faisant l’acquisition du petit écran.

La paléo-télévision est la télévision de la culture pour tous, commanditée par les détenteurs d’un savoir – du Savoir. L’offre commande la demande.

C’est l’époque d’émissions et de programmes tels que :

Le média est clairement organisé selon une dichotomie caractéristique dans l’histoire des médias: d’un côté, les détenteurs du savoir – du pouvoir (politique, artistique, intellectuel). De l’autre, ceux qui ont la chance inestimable de se le voir transmettre.

A cette époque, la télévision est un média d’information et de fiction, qui emprunte ses formats et modèles aux autres médias : radio, théâtre, cinéma, presse écrite.

Le téléspectateur est en position d’infériorité. Le plateau de télévision est un espace clos, protégé, sacré. Distancié. Seuls les champions peuvent passer à la télé. Comme dans le jeu télévision La tête et les jambes (voir le générique ; voir l’article sur Wikipédia).

Ceux qui « passent à la télé » sont des êtres exceptionnels : érudits, excellents, … Tous les autres individus restent des quidams anonymes, cantonnés chez eux, derrière leur poste.

Néanmoins, dès le départ, les programmateurs et producteurs savent que cette position confinée dans l’intimité de son foyer confère au média une particularité à exploiter… D’où les noms donnés à certaines émissions : Ce que j’ai vu chez vous, ce que vous ne savez peut-être pas, En votre âme et conscience, Si c’était vous, Si vous voulez savoir, etc.

L’intuition que la télévision peut devenir un média de participation émerge déjà. Mais ce n’est qu’au tournant des années 80 que cette évolution marquera le média, qui connaîtra sa période de néo-télévision.

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