Les 3 révolutions du livre

Posted on 26/11/2010

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Roger Chartier, grand historien du livre, à définit 3 révolutions du livre : l’invention du livre tel que nous le connaissons, l’invention de l’imprimerie, la disparition du support papier (ou l’apparition du texte et de la documentation numérique). Revenons sur ces trois étapes…

Rappelons que le livre est à la fois l’inscription d’un discours, une oeuvre intellectuelle, mais aussi une interface entre l’auteur et ses lecteurs, un objet matériel ayant une identité propre et codée. Mais il est, aussi, le premier objet qui a été fabriqué en série et qui annonce l’ère industrielle. Il est donc associé à une somme d’innovations et d’évolutions à la fois technologiques, sociétales, politiques et culturelles. Revenons sur les grandes étapes de son histoire.

L’invention du livre

Le livre ne s’est répandu qu’assez tard, soit vers le 9e-10e siècle, au moment où le codex a remplacé le volumen (rouleau de papyrus). Cette première évolution a changé notre organisation des connaissances. La forme du support ayant changé, notre perception de son contenu a évolué également.

Le volumen était un support fragile et de taille modeste (on ne pouvait rassembler tout un ouvrage sur un seul volumen). Le codex, lui, était voué à rassembler beaucoup de pages, en de gros volumes.

Ce changement a induit aussi une modification dans l’appropriation, l’attitude corporelle et l’utilisation du support par les lecteurs. Avec le volumen le lecteur ne pouvait pas lire et écrire en même temps, avec le codex qui est beaucoup plus compact, il peut écrire, prendre des notes ou tenir deux livres en même temps pour faire des comparaisons. Il peut aussi écrire directement des commentaires sur le livre.

Le livre codex permet par ailleurs de faire des repérages dans le texte. La numérotation aide au découpage. L’index, la table des matières sont des moyens pour organiser l’information du livre: on peut découper le texte, savoir où on s’est arrêté, atteindre directement le passage qui nous intéresse. Bref, la façon d’aborder un texte a changé avec le changement de la forme matérielle du livre.

Du manuscrit à l’imprimerie

Jusqu’au 15e siècle, le livre est manuscrit. Ils sont reproduits par des scribes (essentiellement des moines) qui recopient des textes dans des livres. Autant dire que pour composer un livre, ce sont des centaines d’heures de travail. La plupart des livres comportent des textes sacrés, liturgiques.
 Et presque la totalité sont écrit en latin puisque (la langue de l’église).

Parmi les autres thèmes (faiblement : 20 à 25% de la totalité des ouvrages) diffusés dans les livres de l’époque, citons le droit, les mathématiques, la médecine, l’astronomie… Ce qui signifie donc que des scribes laïques exercent aussi, dans les universités principalement. Ce sont donc surtout des médecins, des juristes, des astronomes qui écrivent ces livres dans le cadre de leurs recherches et profession.

A cette époque, apparaissent également les premiers textes de fiction – les romans : le Roman de la Rose et les écrits de Dante, pour le principal.

Renaissance et imprimerie : l’ère moderne pointe son nez

L’introduction de l’imprimerie en Europe concorde avec le passage du Moyen Âge à l’époque moderne. C’est une succession d’évolutions et même de mutations qui contribuent à l’apparition de l’imprimerie. Ces déterminants sont à la fois

  • intellectuels et culturels (le retour aux textes classiques antiques),
  • sociaux et sociologiques (la découverte de l’Amérique, les grands voyages),
  • commerciaux et financiers (apparition de la bourgeoisie, enrichissement de l’Europe suite à l’importation d’or et d’argent), …
  • spirituels et religieux (le calvinisme et le protestantisme s’opposent au catholicisme et veulent une lecture des textes sacrés par le croyant)

Internet et la naissance du livre numérique

Internet marque une révolution plus importante encore que l’imprimerie. Il va bouleverser notre façon de percevoir les connaissances. Lorsque l’imprimerie s’est répandue, le livre est resté, grosso modo, le même objet, le même support.
Avec Internet, cependant, sa forme, sa présentation matérielle va profondément changer. Modifiant, par là même, également, la manière dont les connaissances s’acquièrent.

Le passage du volumen au codex avait changé la façon dont on percevait le contenu de l’œuvre. Cette fois, ce changement de perception sera aussi formel et fonctionnel.

D’une certaine manière, avec Internet on retrouve un peu le principe du volumen : on fait défiler le texte sur l’écran.
Ensuite, en termes de démocratisation du savoir, le « nouveau livre » – celui que permet de publier Internet – est accessible à tout le monde, que ce soit en termes de réception, mais aussi de production.

Avec Internet, tout le monde devient auteur. Tout le monde peut devenir éditeur – et créer son propre site Internet, blog, compte Twitter, compte Facebook, etc.

Interactivité (entre auteurs et lecteurs) et universalité des connaissances (fusion entre le statut d’auteur et celui de lecteur), telles sont les grandes dimensions de cette nouvelle révolution du « livre ».

Comme si, enfin, l’humanité atteignait l’idéal des Lumières : un savoir universel, encyclopédique, une intelligence collective.

Une révolution dans notre mode de lecture

L’hypertexte modifie notre façon de lire. Avec le livre on a une lecture linéaire (début, milieu et fin), alors qu’avec Internet on a une lecture fragmentaire, immédiate, à la manière du zapping télévisé, mais aussi active et multimédia : on accède à des contenus textuels, ou animés, ou interactifs (jeux, formulaires, etc.).

Depuis l’hypertexte, c’est le lecteur qui fait l’œuvre. A partir d’un même point de départ donné, deux lecteurs ne vont pas avoir le même trajet de lecture.

Par ailleurs, à la notion d’hypertexte est souvent associée celle d’hypolecture. Nous y reviendrons.

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