Êtes-vous des manipulateurs de symboles?

Posted on 10/12/2010

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Nous vivons dans une économie de la connaissance

Dans un livre qui fit grand bruit au moment de sa sortie en 1991(The Work of Nations, trad. française L’Economie mondialisée,Dunod, 1993) Robert Reich initie la thèse de l’émergence d’une économie de la connaissance.

Il souligne que l’émergence des élites mondialisées n’est pas le simple effet d’une compétitivité de nature économique, mais aussi une construction sociale.

Son analyse part d’un constat :« alors que presque tous les facteurs de production – l’argent, la technologie, les usines, les équipements– se déplacent sans effort à travers les frontières, l’idée même d’une économie américaine a perdu son sens, de même que la notion de firme américaine, de capital américain, de produits américains, de technologie américaine ».

Notant que cette transformation n’épargne aucune nation, il en vient à se demander si l’idée d’une nation-Etat comme ensemble d’individus partageant la même responsabilité quant à leur bien-être mutuel appartient au passé.

Robert Reich décrit une nouvelle division du travail, qui dans un contexte de mondialisation, devient une véritable ligne de fracture. Si la fabrication des produits est de plus en plus internationalisée, il n’en est pas de même des activités qui déboucheront sur de nouvelles productions, comme

  • la recherche-développement,
  • les services financiers et juridiques,
  • la conception de produits nouveaux.

Ces emplois, Robert Reich les regroupe sous le terme de « manipulateurs de symboles » : ce sont les ingénieurs, les chercheurs, certains techniciens, des juristes, des financiers, des spécialistes de la communication.

De son côté, Finkielkraut se méfie terriblement de ces manipulateurs de symboles qui, selon lui, sont sur leur bateau, vivent entre eux. Ces « élites » créent un particularisme, un « esprit de clocher » tout à fait redoutable selon le philosophe.

Vous considérez-vous, futurs animateurs et médiateurs, comme des manipulateurs de symbole?

Aller plus loin:

  • Manipulateurs de symboles (pdf, 100 Ko)
  • Une analyse de l’ouvrage L’économie mondialisée
  • Une citation « Les entreprises de « la nouvelle économie » se développent essentiellement autour des manipulateurs de symboles, c’est-à-dire les concepteurs de logiciels, la publicité, la communication … La vie des hommes se nourrit de symboles. Les hommes ne font société et ne deviennent sujets que liés par des symboles »
  • Une vision particulière des « manipulateurs de symboles » du point de vue de la sociologie de l’habitat à Paris (Jacques Donzelot): “La construction d’un espace urbain sélectif, où une population aisée de manipulateurs de symboles (yuppies, bobos et intellectuels riches), avides de quartiers populaires, fera en sorte de maintenir les apparences populaires mais obligera la population pauvre à partir, chassée par la flambée des prix de l’immobilier.” »
  • Un portrait plus large des manipulateurs de symboles: « Ces manipulateurs de symboles travaillent principalement à partir de données, de mots, de représentations, ce qui correspond, auxmétiers de chercheurs, aux ingénieurs, avocats, consultants, publicitaires, journalistes, promoteurs immobiliers, banquiers, et conseillers de toutes sortes (y compris politiques).

Il faut tenir compte également des artistes de cinéma et des musiciens. Le groupe qu’ils forment comprend une large palette, hiérarchisée, d’emplois car certains «tiennent à peine leur rang dans l’économie mondiale », tandis que d’autres « sont tellement demandés dans le monde qu’ils ont du mal à garder trace de tous leurs revenus » (Reich, 1993 : 202).

Ces manipulateurs de symboles ont plus souvent des partenaires, des associés, des contacts que des supérieurs hiérarchiques ou des patrons.Bien, voire très bien payés, « ils aiment leur travail », qui consiste à « résoudre des énigmes, mener des expériences, des discussions fréquentes ».

Disposant d’une liberté d’action substantielle, ils travaillent en petites équipes dans une entreprise ou un réseau qui fonctionnent en temps réel, ils récoltent le maximum d’informations sur la concurrence et « reçoivent les informations en retour par l’observation rapide des effets de leurs actions sur l’environnement (produits, marchés, réactions des clients) » (de Rosnay, 2004 : XIX). Ils voyagent beaucoup.

Reich observe que le discours sur la mobilité internationale comme processus d’accumulation du capital humain qui permettrait d’améliorer le potentiel de recherche et d’innovation et d’assurer ainsi la compétitivité future des économies, n’a cessé de prendre de l’ampleur depuis trente années dans les grandes entreprises et institutions des pays riches (Inkson et Khapova, 2008 : 151)7.

La mobilité internationale y apparaît donc, de plus en plus, comme un vecteur d’échange de connaissances et d’enrichissement des individus dans des équipes de travail qui concentrent leurs activités autour de la résolution de problèmes nouveaux posés à l’organisation (équipes dites « cross-fonctionnelle ») ou encore baptisées «virtuelles» (Robbins, 2000) qui n’exigent pas nécessairement le déplacement (coûteux) de la famille.

Reich souligne que l’énergie créatrice de ces individus doit être cadrée, «dirigée de manière appropriée vers un fonctionnement utile» : «comme les membres de l’équipe se dispersent après le projet, il importe que soient capitalisés, par l’enregistrement dans des génériques personnels, les apports et les acquis de chacun, même si l’information sur la valeur exacte de chaque contribution est, pour le meilleur ou pour le pire, mêlée à l’évaluation globale du résultat d’ensemble » (Menger, 2002 : 50).

Les manipulateurs de symboles n’ont pas de parcours de carrière linéaire mais conquièrent une employabilité croissante au fil de leurs projets, de leurs engagements de carrières. Les expériences internationales et inter-fonctionnelles sont vécues comme incontournables (Pierre, 2003). La mobilité est ce qui permet au «talent» de multiplier ses manifestations, ses « expositions », c’est-à-dire les défis successifs qui permettent au salarié d’étalonner et d’exprimer au mieux son potentiel. « 

Lire l’article source: Mobilités géographiques et écarts de pouvoir au sein de trois entreprises mondialisées

 

Alors, êtes-vous des manipulateurs de symboles?

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