La néo-télévision, faite pour pleurer

Posted on 16/12/2010

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Plusieurs éléments vont façonner cette deuxième ère de la télévision, dont deux phénomènes sont à situer dans les années 80 : l’apparition progressive de chaînes thématiques – privées – et, donc, la fragmentation de l’offre télévisuelle ; et, lié au premier phénomène, l’apparition de la télécommande, qui fait naître un nouveau rite social : le zapping.

Par ailleurs, les téléspectateurs des années 80 ont grandi avec le téléviseur (l’objet) et la télévision (le média). Ils ont désacralisé les deux, quitant le statut d’audience captive pour jouer de leur pouvoir de choisir et de rebondir d’une chaîne, d’une émission, d’un programme à l’autre.

C’en est fini de la télévision déférente, messagère, instructrice. Lors que le téléviseur a pris la place dans la chambre à coucher, le téléspectateur veut un média proche, voire intime. Complice. Désormais, la télévision sera conviviale, consensuelle, intimiste.

La tentation de l’ordinaire

Un glissement se produit dans la dimension du message : de moral, il passe au registre sociologique. Les sujets deviennent davantage psychologiques.

Les héros ne sont plus des champions, mais des personnages caractérisés par leur banalité – leur ressemblance avec le spectateur. Même dans l’info, les gens qui témoignent deviennent plus ordinaires.

Deux formats vont incarner cette tentation de l’ordinaire, ce rapprochement du média avec son récepteur : le talk-show et le reality-show.

Mais ne soyons pas dupes: la relation entre le média et le téléspectateur, sous ses dehors de connivence et d’intimité, reste contrôlée (par l’émetteur), fabriquée, factice. Du reste, il y a encore et toujours un tiers entre l’annonceur et l’audience : l’animateur.

Dialectique de l’amuseur et l’amusé

Mais cet animateur a compris qu’il devait descendre de son piédestal, ôter ses lunettes et sa baguette d’instituteur et simuler la connivence avec le spectateur. S’il reste celui qui oriente le tour et le propos que prend le programme – si le présentateur demeure celui qui parle au spectateur qui écoute, ce spectateur, peut, armé de sa zapette, à sa manière, lui clouer le bec.

La télévision devient missionnaire

Oui, le public télévisuel est devenu volage. Et veut rêver. Se distraire. S’amuser. Il veut se sentir vivre sans que la dure réalité lui soit serinée perpétuellement. Il veut une télévision paillette. Il ne veut plus qu’on lui fasse la leçon, il veut de la consolation.

De sa mission de messagère, la télévision est passée à un rôle de missionnaire: elle doit gérer les crises non plus de la société, mais de l’individu dans son foyer: ses crises d’identité, de couple, sociales, économiques, …

Les programmes de l’époque se nomment : En quête de vérité, Perdu de vue, Cas de divorce, Défendez-vous, L’amour en danger, Mea Culpa, C’est mon histoire, Bas les masques, Témoin numéro 1, Etat de choc, …

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