La post-télévision, faite pour s’épanouir

Posted on 18/12/2010

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« Si elle s’effondre d’un seul coup, la néo-télévision n’en a pas moins brisé l’un des deux derniers tabous des modèles précédents. En donnant la parole à des personnes ordinaires elle a fait émerger une nouvelle parole légitime. Encore faut-il avoir vécu quelque chose d’extraordinaire pour pouvoir s’exprimer. La post-télévision va se charger de faire tomber cette dernière barrière et d’achever le travail de désacralisation et de sécularisation de la TV. Avec la téléréalité, non seulement n’importe qui pourra venir parler, mais il pourra parler de n’importe quoi, c’est-à-dire de choses totalement ordinaires et sans intérêt » (La fin de la télévision, p.27). Qu’est-ce que la post-télévision, selon Jean-Louis Missika?

Post-télévision rime avec information-fusion, qui bannit l’info sérieuse au profit du divertissement mettant l’accent sur les coulisses, la transparence du politique. Cette télévision gère les passions, l’intime avec le téléspectateur. La post-télévision, c’est la télévision de la téléréalité.

La télévision de la téléréalité

La téléréalité est le reflet des problèmes individus/société avec ces émissions qui testent les gens enfermés entre eux dans différents contextes, lieux, maisons. Comment vont-ils durer dans la tribu, dans cette nouvelle socialité ? A une époque où toutes les institutions ne sont plus des référents, la télévision se propose de faire et montrer la recherche sociale « et ce sont des socialités nouvelles, tribales la plupart du temps qui sont expérimentées (…) Avec la téléréalité les professionnels de la TV semblent bien démontrer avec force leur capacité à accompagner les mutations socioculturelles en cours et à en tirer profit (…) » pp.33-35.

L’évolution vers une télévision encore plus proche du téléspectateur, fusionnelle, dans laquelle seul compte le fait d’être à la télévision démontre qu’il est maintenant plus important de coller aux attentes et émotions du public que de faire passer des messages.

Le public fait le casting

Avec les émissions de type « Big Brother », « La Nouvelle Star» ou « Loft Story », on a franchi une nouvelle étape. Cette fois, le public (représenté par les enfermés volontaires) accède directement, non pas à une émission ordinaire, mais à une série télévisée. C’est-à-dire à ce qui a toutes les apparences de la fiction filmée. La récompense symbolique n’est pas simplement la satisfaction personnelle, narcissique, d’être passé à la télévision, d’y avoir fait un unique et éphémère passage (lors d’un jeu, d’un concours, d’un témoignage). C’est de devenir le personnage d’un récit.

Ce qui passionne le public, sans qu’il en ait forcément conscience, c’est la métamorphose qui s’opère sous ses yeux et qui transforme, par la magie du direct et du continu, des personnes somme toute ordinaires, prélevées dans la vie réelle, en personnages, en acteurs d’une histoire, d’un récit, d’un scénario qui ressemble à un feuilleton, à une fiction.

Avec la post-télévision, plus besoin d’avoir vécu des drames pour devenir un personnage télévisuel. La téléréalité se nourrit au contraire du quotidien le plus banal. Là où le reality show semblait se donner pour mission de réparer le lien social, la téléréalité donne à voir l’inverse à travers des épreuves qui ont toutes pour finalité le triomphe d’un individu au détriment des autres.

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