Hyperlecture, génétique textuelle et déconstruction du texte

Posted on 28/12/2010

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« Un texte, comme un hypertexte, n’est jamais lu en entier. Un lecteur unique ne peut jamais, à lui seul actualiser la totalité d’un texte. Comme l’hypertexte, le texte est troué, percé, des pans entiers de la texture restent dans l’ombre, dans l’attente d’un lecteur à venir. Lire un texte, ce n’est pas dérouler du linéaire, mais faire des rapprochements, des sauts, guidés ou non par l’auteur. Lire un texte, comme le dit si bien Pierre Lévy, c’est le mettre en rapport avec « toute l’immense réserve fluctuante de désirs et de signes qui nous constitue. »

En ce sens, toute lecture n’est-elle pas hypertextuelle? Toute lecture n’est-elle pas hyperlecture?

Intertextualité, génétique textuelle et déconstruction du texte

Toute époque nouvelle provoque la nostalgie et parfois la mythification des époques passées. À l’heure du numérique, nous avons celle de la stabilité et de la certitude que procurait le texte établi, enclos dans sa couverture et posé sur une étagère. Mais la critique littéraire et l’épistémologie contemporaine comme nous ont appris à nous méfier des simplifications. J’en prendrai deux exemples que la numérisation des textes a contribué à mettre en valeur:
le premier concerne l’intertextualité, le second la génétique textuelle.

Intertextualité

L’intertextualité, théorisée naguère par Julia Kristeva, c’est la relation qui existe, latente ou manifeste, entre un texte et les autres textes qui ont servi à l’alimenter et qui forment ce que l’on pourrait appeler sa bibliothèque. L’édition numérique, grâce aux liens hypertextuels, instrumentalise cette relation en permettant au lecteur de se reporter, s’il le souhaite, aux textes auquels l’auteur fait écho ou avec lesquels il a tissé son oeuvre.

Génétique textuelle

Du côté de la génétique textuelle, l’hypertexte permet de présenter au lecteur toutes les variantes des brouillons qui constituent l’avant-texte de l’oeuvre, ce que ne permettait guère les éditions papier. On est alors à même d’apprécier l’oeuvre non plus dans sa version finale figée, mais dans son processus d’écriture, tel qu’il a été mis en mouvement par son auteur.

Déconstruction du texte

Enfin, pour une partie des écrivains contemporains, la déconstruction du texte, c’est par ailleurs une façon de se soustraire aux règles d’une linéarité héritée du support livresque pour tenter d’autres formes d’écritures moins soumises à la rhétorique et plus proche du fonctionnement réel de la pensée. Ces écritures du fragment (je pense à Wittgenstein ou à Barthes) ou de la bifurcation (je pense, entre autres à Jacques Roubaud) préfigurent sans doute ce que pourrait être une écriture exploitant pleinement les ressources du numérique.

Vous trouverez l’intégralité de cette réflexion sur l’hyperlecture dans un document intitulé « L’adieu à Gutemberg« , signée Jean Clément

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