Le médium est le message

Posted on 25/03/2011

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« … en réalité et en pratique, le vrai message, c’est le médium lui-même, c’est-à-dire, tout simplement, que les effets d’un médium sur l’individu ou sur la société dépendent du changement d’échelle que produit chaque nouvelle technologie, chaque prolongement de nous-mêmes, dans notre vie »

[ Marshall McLuhan ]

Le message, c’est le médium (en anglais, The medium is the message) est une phrase emblématique de la pensée de Marshall McLuhan, philosophe des medias canadien.

Elle signifie que la nature d’un media (du canal de transmission d’un message) compte plus que le sens ou le contenu du message lui-même. La phrase provient du livre Understanding Media: The extensions of man (Comprendre les médias), sorti en 1964.

Toutes les technologies créent petit à petit un milieu humain totalement nouveau. Les milieux ne sont pas des contenants passifs, mais des processus actifs. Ainsi, à notre ère de l’information, sur fond d’avancée fulgurante de l’électronique, la sentence « Le message, c’est le médium » signifie qu’un milieu totalement nouveau a été créé.

La lumière électrique est de l’information pure. C’est un médium sans message, pourrait-on dire, tant qu’on ne l’utilise pas pour épeler une marque ou une publicité verbales. Ce fait, caractéristique de tous les médias, signifie que le « contenu » d’un médium, quel qu’il soit, est toujours un autre médium. Le contenu de l’écriture, c’est la parole, tout comme le mot écrit est le contenu de l’imprimé et l’imprimé, celui du télégraphe. Et si l’on demande : « Quel est le contenu de la parole? », il faut répondre : « C’est un processus « actuel » de pensée, en lui-même non verbal. » […] En effet, le « message » d’un médium ou d’une technologie, c’est le changement d’échelle, de rythme ou de modèles qu’il provoque dans les affaires humaines. Le chemin de fer n’a pas apporté le mouvement, le transport, la roue ni la route aux hommes, mais il a accéléré et amplifié l’échelle des fonctions humaines existantes, créé de nouvelles formes de villes et de nouveaux modes de travail et de loisir. Et cela s’est produit partout où le chemin de fer a existé, que ce soit dans un milieu tropical ou polaire, indifféremment des marchandises qu’il transportait, c’est-à-dire indifféremment du contenu du médium « chemin de fer ». L’avion, lui, en accélérant le rythme du transport, tend à dissoudre la forme « ferroviaire » de la ville, de la politique et de la société, et ce, indifféremment de l’usage qui en est fait.

Mais revenons à la lumière électrique. Qu’on l’utilise pour la neurochirurgie ou pour éclairer un match de base-ball n’a aucune importance. On pourrait même dire que ces occupations sont d’une certaine façon le contenu de la lumière électrique puisqu’elles ne pourraient pas exister sans elle. Cette évidence ne fait que souligner l’idée que « le message, c’est le médium » parce que c’est le médium qui façonne le mode et détermine l’échelle de l’activité et des relations des hommes. Les contenus ou les usages des médias sont divers et sans effet sur la nature des relations humaines. En fait, c’est une des principales caractéristiques des médias que leur contenu nous en cache la nature. Ce n’est que récemment que les entreprises ont pris conscience du type d’affaires qu’elles traitent. Chez IBM, on commença à voir où l’on allait quand on découvrit que l’on ne fabriquait pas du matériel de bureau et des calculatrices, mais que l’on « traitait » de l’information. La General Electric tire une partie importante de ses profits de la vente d’ampoules électriques et de systèmes d’éclairage, mais n’a pas encore découvert que sa véritable activité, comme celle d’A.T. & T., consiste à transporter de l’information.

Si la lumière électrique échappe à l’attention comme médium de communication, c’est précisément qu’elle n’a pas de « contenu », et c’est ce qui en fait un exemple précieux de l’erreur que l’on commet couramment dans l’étude des médias. En effet, on ne voit enfin la lumière électrique comme médium que lorsqu’elle sert à épeler quelque marque de commerce. Et à ce moment, ce n’est pas la lumière elle-même mais son contenu (et donc, en réalité, un autre médium) qui frappe l’attention. Le message de la lumière électrique, comme celui de l’énergie électrique pour l’industrie, est absolument radical, décentralisé et enveloppant. La lumière et l’énergie électriques, en effet, sont distinctes des usages qu’on en fait. Elles abolissent le temps et l’espace dans la société, exactement comme la radio, le télégraphe, le téléphone et la télévision, et imposent une participation en profondeur.

Pour comprendre les médias, pp 38-40

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